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Exposition « Georges Wasterlain (1889-1963) : peintre & sculpteur ouvrier »

Donation Claude Simon

Georges Wasterlain (Chappelle-lez-Herlaimont 1889 – Alost 1963), sculpteur et peintre, est peu connu du public des amateurs d’art en dehors du pays de Charleroi. Ses thèmes de prédilection sont les travailleurs et notamment les mineurs qu’il connaissait bien pour être descendu dans la mine dès son plus jeune âge.

Avec Irma son épouse, il a vécu des années très difficiles avant de connaître la consécration avec l’obtention du Prix du Hainaut en 1928. Son ascension se poursuivra jusqu’à la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle il exposera en Allemagne et collaborera avec le Grand Charleroi rexiste Après une condamnation à deux ans de prison pour collaboration, il s’établira à Alost mais restera actif. Il gardera un cercle d’amis mais les portes officielles se fermeront d’une manière implacable.

L’asbl Art & Héritance s’est intéressée de près à cet artiste dont l’œuvre, peu représentée dans les collections publiques, est considérable et particulièrement représentative du monde du travail et de sa dureté de l’Entre-deux guerres à la fin des années cinquante en Belgique.

Un des objectifs de l’association est en effet d’entreprendre des recherches sur les patrimoines méconnus et d’en publier les résultats sous forme de monographies à destination d’un large public.

Les présentes exposition et publication ‘‘Georges Wasterlain (1889-1963), sculpteur et peintre ouvrier’’ est l’occasion de mettre en valeur l’ancienne collection de Claude Simon, diplômé de l’Ecole du Louvre, qui possédait 24 sculptures et 9 dessins Wasterlain. Il a décidé d’offrir ces œuvres à l’asbl Le Bois du Cazier dont l’objectif est la préservation du patrimoine industriel et minier carolorégien. Claude Simon voit ici l’accomplissement d’un vœu de mettre à la disposition du public un patrimoine qui est le reflet d’une Wallonie industrieuse.

Le Bois du Cazier remercie Claude Simon pour cette donation et Jacques Toussaint, historien de l’art, pour son expertise dans le cadre de ces exposition et publication.

Livre-catalogue en vente  au prix de 30€

La collaboration culturelle

Le 10 mai, les troupes allemandes envahissent la Belgique. Pour l’occupant allemand, l’art constitue un puissant vecteur de propagande. Les échanges culturels, largement médiatisés, permettent de relayer une image positive du IIIe Reich, à la fois accueillant et cultivé. Parfois à grand renfort d’imagination, les ressemblances et les mêmes origines artistiques entre l’Allemagne et la Flandre, mais aussi la Wallonie (par les rapports entre les cultures mosane et rhénane) sont mises en exergue. Et ce, dans le seul but de justifier leur intégration à une Europe pangermanique.

Pour concrétiser cette politique d’adhésion culturelle, l’utilisation d’artistes du cru est privilégiée. Wasterlain y voit là une opportunité à la fois artistique et pécuniaire à ne pas rater. La collaboration avec l’occupant fera de lui une figure clé au sein de la Communauté culturelle wallonne (Ccw), organisme créé en avril 1941 par la Militärverwaltung pour fédérer les artistes wallons, promouvoir leur art, ainsi qu’encourager les contacts avec l’Allemagne par l’organisation d’expositions, de conférences et de voyages.

Peut-être aveuglé par une revanche sur une intelligentsia bourgeoise qui ne l’a jamais reconnu à sa juste valeur, Georges Wasterlain se met avec conviction au service de l’Ordre nouveau dont il adhère au Syndicat unique. Wasterlain entraînera avec lui nombre de jeunes artistes carolorégiens sur le chemin d’une collaboration artistique.

Plusieurs expositions d’Art wallon sont organisées sous l’égide de la Ccw et de la Propaganda-Abteilung : au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles en 1941, à Düsseldorf, Wuppertal et Aix-la-Chapelle en 1942. Ces expositions en Allemagne avaient au préalable, du 23 septembre au 5 octobre 1941, donné lieu pour dix artistes wallons, sur invitation personnelle du Ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels
lui-même, à un voyage de découverte de l’art allemand. Parti plus tôt, Georges Wasterlain aura l’occasion de visiter l’atelier d’Arno Brecker, sculpteur officiel du régime nazi.

En 1942, Wasterlain participe à deux Journées culturelles wallonnes : en mars à Liège et en septembre à Charleroi où il est membre de la Commission de consultation et d’étude des arts plastiques ainsi que de la Commission des Beaux-Arts chargée des achats des œuvres d’art. Ces celles-ci dépendent toutes deux de l’administration rexiste du Grand Charleroi dont le Collège des bourgmestre et échevins, formés de collaborateurs, est mis en place le 15 juillet 1942.

Le premier Salon du Printemps du Grand Charleroi est inauguré le 10 avril 1943. À son issue, le lieu choisi à l’Hôtel de Ville est transformé en musée permanent. La Commission consultative des arts plastiques, après avoir essuyé le refus d’artistes ne voulant pas se compromettre avec l’occupant, choisit finalement l’incontournable Wasterlain pour inaugurer son cycle d’expositions. Ce qui permettra à ce dernier de vendre deux bustes, un métallurgiste et un mineur.

À la libération, arrêté, Georges Wasterlain donnera des excuses maladroites quant à son comportement sous l’occupation. Lors de son interrogatoire le 24 novembre 1945, les explications qu’il avance, ainsi que les regrets manifestés, restent peu convaincants : « Je ne m’étais jamais rendu compte que par des expositions de sculpteurs, je pouvais favoriser la politique et les desseins de l’ennemi. Je reconnais que j’ai eu tort, je le regrette, mais je devais gagner ma vie et je ne pouvais pas vendre suffisamment d’œuvres en Belgique »

Le 18 avril 1946, Georges Wasterlain est condamné à deux ans de détention et déchu de ses droits civils et politiques par le Conseil de guerre de Charleroi. L’État, partie civile, obtient une somme de 150 000 frs de dommages et intérêts.

Pourquoi accepter et exposer la donation Wasterlain ?

Septante-cinq ans après sa condamnation par la Justice belge pour ce que l’on pourrait qualifier de ‘‘collaboration culturelle’’ avec l’occupant nazi, Georges Wasterlain reste envers et contre tout un artiste majeur du pays de Charleroi. C’est ce qui a justifié l’acceptation par l’asbl ‘‘Le Bois du Cazier’’ de la donation de 33 de ses œuvres par Claude Simon, un collectionneur et ami de l’artiste décédé en 1963. Nonobstant son lourd passif de collaborateur, plusieurs raisons ont plaidé en faveur de cette décision :

  • Dans sa bulle d’artiste, l’intéressé était dans l’erreur. Il a payé sa dette vis-à-vis de la société. Les faits sont anciens.
  • La démarche du donateur Claude Simon, président fondateur de l’ONG Hôpital sans frontières, d’offrir les 24 sculptures et 9 fusains qu’il possédait à une institution publique, est pleine de noblesse.
  • L’origine sociale de Georges Wasterlain, issu de la classe ouvrière du pays de Charleroi : né à Chapelle-lez-Herlaimont, résident à Montignies-sur-Sambre pendant de longues années, fils de mineur, lui-même mineur.
  • Son parcours d’autodidacte qui lui a permis d’exprimer avec justesse la dureté du monde ouvrier et parfois sa souffrance.
  • La force de ses œuvres dans la continuité d’un Constantin Meunier mettant en valeur et sublimant le labeur de ses camarades mineurs, reconnue par l’attribution en 1928 du Prix du Hainaut attribué par le Conseil provincial.
  • Son incarnation d’un art social et industriel proche de la misère du peuple et sa participation à la création en 1933 du groupe ‘‘Art vivant au pays de Charleroi’’, pour faire naître l’art dans un bassin industriel paraissant abandonné par les muses.
  • La place de ses œuvres dans la statuaire carolorégienne, notamment dans la décoration intérieure de l’Hôtel de ville en 1936 avec la représentation dans le hall d’entrée des quatre emblèmes de la région incarnés par des figures de 2,10 m de haut : le Mineur, le Métallurgiste, le Verrier et l’Electricien.
  • Dans un site dédié aussi à l’histoire de l’immigration en Belgique, le rappel par l’Art des raisons qui ont conduit au remplacement d’une main-d’œuvre locale exploitée pendant des décennies qui, progressivement, s’émancipait du joug de cette broyeuse d’hommes qu’était la mine et de l’exploitation éhontée que ces ouvriers subissaient.

C’est en raison de la force de ses œuvres touchant la mine que le Bois du Cazier avait déjà accepté, il y a quelques années, deux donations: principalement celle d’une tête de mineur en grès par Yvonne Garden, et celle d’un imposant mineur en pied avançant le dos courbé, en mortier béton par Franz Vervoort. Ces sculptures sont exposées dans le musée de l’Industrie.

Ceux qui n’ont pas connu l’occupation allemande doivent se demander ‘‘Qu’aurais-je fait si j’avais eu vingt ans en 1940 ?’’. L’humilité et l’honnêteté intellectuelle nous empêche de répondre à cette question. Cette absence de réponse doit nous rendre d’autant plus respectueux des hommes et des femmes qui se sont levés au péril de leur vie pour défendre leur liberté et l’indépendance de notre pays. Mais ces résistants n’étaient que quelques milliers aux heures les plus sombres de l’occupation.

Opportunisme et cupidité ont été le fait de quelques-uns. Wasterlain se range certainement parmi ces derniers, nous ne pensons cependant pas qu’il ait partagé pleinement les idées de l’occupant. Il a pour le moins été aveuglé par une ambition artistique et, de ce fait, a commis des actes condamnés à la libération, à leur juste gravité.

Son œuvre mérite néanmoins considération, conservation…et présentation au grand public avec la rigueur historique et scientifique qui s’impose.

N’oublions pas que le devoir de Mémoire, doublé d’une mission pédagogique, constitue l’ADN du projet mis en place depuis l’ouverture du site du Bois du Cazier au public en 2002. Et ce, sans jamais se départir d’un sens aigu de la critique, au risque de voir l’histoire se répéter. Oui, il fallait non seulement accepter à sa juste valeur la donation de Claude Simon, mais aussi l’exposer dans la foulée!

Le Musée de l'Industrie

Dans l’ancienne salle des pendus et les bains-douches, un programme scénographié retrace l’histoire des principaux secteurs d’activités du sillon industriel Haine-Sambre-et-Meuse, avec l’appui des principales pièces de collections de l’ancien musée de l’Industrie de Marchienne-au-Pont. Durant la Révolution industrielle, le pays de Charleroi est le centre de l’activité économique du pays. C’est ce monde en pleine transformation que ce Musée de l’Industrie fait revivre.

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