Le ventilateur Guibal

La ventilation des travaux souterrains apporta un souffle nouveau à l’art d’exploiter les mines. Mais cela ne se fit pas sans peine car, au début, nul ne semblait se préoccuper du rôle que celle-ci pouvait jouer pour protéger la santé, améliorer le confort et augmenter la productivité des travailleurs. Spécialiste de l’aérage, l’ingénieur français Théophile Guibal (1814, Toulouse – 1888, Morlanwelz) est le père des ventilateurs centrifuges. Améliorant grandement la ventilation, ceux-ci permettaient d’évacuer le grisou, le gaz carbonique et les poussières des travaux souterrains. Initialement pensée pour la sécurité dans les mines grisouteuses, la ventilation eut aussi un effet bénéfique sur la santé des ouvriers dont deux des principales pathologies les affectant, l’anémie et l’emphysème pulmonaire, trouvaient leur origine dans l’air vicié des mines où l’aérage avait jusqu’alors été négligé.

Tête de pont sur le continent des innovations anglaises, la Wallonie était aussi un creuset d’inventions. Ayant réalisé toute sa carrière en Belgique, Théophile Guibal va ainsi contribuer au développement de l’industrie houillère wallonne qui, par la richesse de son gisement et le savoir-faire de ses ingénieurs mais aussi de son personnel ouvrier, propulsa la Belgique dans le concert des grandes puissances économiques mondiales.

En 1877, soit 19 ans à peine après le premier brevet déposé, 355 ventilateurs de sa conception étaient en service dans le monde, dont 85 en Belgique. L’Angleterre, à elle seule, en avait installé 180.
Les ventilateurs Guibal, de par leur simplicité et leur sécurité de marche, fonctionnèrent pendant des décennies avec la plus grande régularité et fiabilité.
Le ventilateur Guibal était constitué par une roue à palettes en bois (entre 6 et 10), généralement de grand diamètre (parfois 12 m), enfermée sur presque toute sa circonférence dans une structure circulaire en briques ne laissant entrer l’air que par une seule ouverture, réglée par une vanne également en bois, commandant la liaison avec le puits de retour d’air.
Actionné par une machine à vapeur, le ventilateur tournait à une vitesse relativement faible (environ 65 tours/min). L’air venant du fond entrait dans l’ouïe d’aspiration par effet de la force centrifuge et était évacué par une cheminée verticale évasée de 7 à 9 m de hauteur.

Si des milliers d’exploitations minières furent à une époque équipées de ventilateurs de ce type, il est exceptionnel aujourd’hui de pouvoir encore en admirer un. Il semblerait qu’avec celui visible au Bois du Cazier, remonté de manière didactique, seul un autre ventilateur de ce type a été préservé de par le monde. Il se trouve en Pologne, dans le parc du patrimoine technique de la mine « Reine Luiza » à Zabrze, en Silésie.

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