EXPOSITION – Mastaba

A partir du 1er août

Le plasticien Nicolas Binsfeld, puisant son inspiration dans les sarcophages antiques, évoque par cette installation les « mastabas », nom donné aux sépultures souterraines des premières dynasties égyptiennes. Revisitant l’art du portrait, il sacralise ainsi, par la peinture et différentes matières nobles, les victimes de la catastrophe de 1956.

Par une approche plus symbolique, d’où émane un sens profond et grave, Nicolas Binsfeld par cette réalisation explore une autre voie de son art pictural aux multiples facettes.

Les œuvres, baptisées du nom de « sarcophage » par leur géniteur même, sont peintes dans un format vertical. La partie inférieure représente une masse colorée portant en son sein une forme géométrique matérialisée par des tons évanescents, tandis que la partie supérieure met en scène des visages grisés enfermés dans un carré. Ce contraste des formes et des couleurs est intriguant. Il crée au cœur-même des réalisations une opposition tant plastique que sémantique.

Ce côté interpellant va bien au-delà de l’aspect purement matériel et formel de l’œuvre. Car ces visages qui nous regardent, nous fixent et nous questionnent par leur silence, nous interrogent aussi dans une espèce de relation introspective complice.

Comment, alors, ne pas se sentir concerné ou, plutôt, désigné par ces regards ? Leur profondeur, nourrie à la substantifique moelle de la mémoire collective, ne nous est en effet pas inconnue. Car les portraits qu’ils éclairent sont ceux d’autant de victimes de la tragédie du 8 août 1956. L’une d’entre elles voit néanmoins son visage resté prisonnier du flou de l’anonymat dont ce funeste jour d’été à Marcinelle nimba cruellement certaines Gueules noires, les condamnant à errer dans les limbes.

Par le contenant et son contenu, par son nom générique, et celui particulier donné aux œuvres, l’exposition évoque dans son ensemble l’Antiquité. Et ce, à travers la référence aux sépultures égyptiennes et romaines, où peintres et sculpteurs réalisaient un véritable écrin destiné à faire accéder le défunt à la vie éternelle. Cette quête intemporelle, Nicolas Binsfeld l’a transposée dans ces visages. Nous mettant ainsi face à la question de la vie et de la mort, à travers la fulgurance d’une existence brutalement et injustement interrompue.

Contrairement à certaines œuvres précédentes de l’artiste, chaque visage possède désormais une personnalité propre, ainsi qu’un esprit pour ne pas dire une âme. L’enveloppe charnelle, à peine esquissée, s’évapore avec les vicissitudes de la vie comme d’un « vase canope » aux teintes mordorées rappelant la vacuité d’un métal qui n’a de valeur qu’ici-bas.

Nicolas Binsfeld ne cherche plus ici les effets que son aisance et sa maîtrise technique lui permettent habituellement. Désirant donner un sens symbolique à son travail, il instaure un dialogue entre le public et son œuvre, source d’une profonde réflexion…

Passé maître dans l’art figuratif, Nicolas Binsfeld a été formé à l’Académie des Beaux-Arts de Charleroi et en atelier. Confinant à l’onirisme, ses œuvres sont influencées par la poésie, la science, la mort, la vie, les femmes… Elles traduisent non seulement son éclectisme mais aussi sa grande passion pour la chose historique.

Alternant ses sources d’inspiration, de l’impressionnisme à l’expressionisme allemand avant un détour par l’abstraction pour mieux revenir à l’hyperréalisme, l’art de Nicolas Binsfeld est difficile à cerner et à décrire. Bridant tant volontairement que poétiquement son geste créateur dans une espèce de non finito, celui-ci fait aussi partie de ces plasticiens que n’auraient pas reniés les artistes de la Renaissance. Le tout dans un raffinement de couleurs subtiles.

Au nombre de sept, qui n’est pas un chiffre anodin, les sarcophages (huile/toile 120 x 60 cm) qui constituent l’exposition Mastaba présentée au Bois du Cazier font partie d’une veine créatrice qui trouve son origine dans l’obsession de l’artiste pour la mort. Carolo d’adoption, et dans l’âme, Nicolas Binsfeld n’oublie pas non plus son arrivée au Pays Noir en septembre 1956, un mois après que celui-ci ne prit le deuil de la catastrophe de Marcinelle.

Ses œuvres figurent dans quantité de collections publiques et privées.

Infos et réservations

Visite de l'expo comprise dans le prix de l'entrée du site. Pas de réservation nécessaire.

 

  • août 1, 2026
  • 12:00 am