Le registre de présence

Iconique dans sa simplicité formelle et usuelle, emblématique de par son contenu, le registre traduit administrativement un événement incontournable de l’histoire contemporaine de notre pays : la plus grande catastrophe industrielle qu’ait connu la Belgique.

S’ouvrant sur le mois de décembre 1955, celui-ci reprend pour chaque ouvrier du fond, dont les noms défilent en colonne par ordre alphabétique, les journées prestées. Des noms chantant leurs diverses origines, à l’image de la tour de Babel qu’étaient devenus les chantiers souterrains des charbonnages belges.

Nonobstant ces informations intéressant le phénomène migratoire lié à la main-d’œuvre étrangère dont ne pouvait se passer l’industrie houillère, le document déroule son uniformité jusqu’à cette date du 8 août 1956 où il a rendez-vous avec l’Histoire. Apparaissent alors sous la forme de ratures et d’inscriptions de couleur rouge, en fonction des informations fournies par l’évolution de la situation, des repentirs. Comme le terme “décédé” venant barrer et corriger les journées potentiellement prestées postérieures à la date de l’accident. Des informations complémentaires aussi, en bleu, sont ajoutées. Rétrospectivement, elles continuent à vous interpeller de par leur nature. Pour exemple, ce calcul additionnant les “décédés” et les “rescapés” donnant comme résultat le nombre total de mineurs ayant eu rendez-vous ce jour-là avec leur destinée.

Mineurs dont les noms des victimes alternent, et s’entremêlent, avec ceux des hommes des autres postes dont le “compteur” continue à égrener, jour après jour, leur présence sur place. Des sauveteurs extérieurs sont également repris. Eux qui, par la force des choses, font désormais partie du personnel du Bois du Cazier. Enfin, la sentence sans appel, “Tous décédés le 8/8/56”, qui n’est pas sans rappeler le “Tutti cadaveri” prononcé par un sauveteur italien quand l’espoir ultime de retrouver des survivants se fut estompé dans la nuit du 22 au 23 août. Un document qui dépasse, et de loin, ce pour quoi il avait été initialement conçu.
Un registre qui, détourné de sa fonction originelle, se mue en un document émouvant entrant de plein pied dans la mémoire collective, non seulement de notre Pays mais de l’ensemble des nations d’où provenaient les victimes et leurs familles. Témoin ainsi de cette construction européenne en marche, entre espoirs, réussites et drames.

 

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